Chassez le naturel et il revient au galop !

« Vous avez été formidables pendant le confinement, mais… »

Après les louanges légitimes de notre ministre pour saluer les efforts et l’esprit d’innovation dont a su faire preuve la profession afin d’assurer la continuité pédagogique pendant la période du confinement, voici en un temps éclair le retour du Jean-Michel Blanquer d’avant !

Les propos du ministre entendus le 10 juin sur une radio nationale : « Comme dans chaque métier, vous avez une immense majorité de la corporation qui est remarquable, mais il y a bien sûr des personnes qui n’ont pas été à la hauteur » ajoutant que les professeurs décrocheurs seraient « sanctionnables », nous rappellent si besoin en était, que pour l’Etat, une opinion publique trop favorablement acquise à la cause enseignante rendrait son projet libéral, plus difficile à imposer dans l’école de demain… Cette période de l’école confinée, en rappelant à chacun toute la difficulté de transmettre et d’enseigner, aura également mis au grand jour la partie conséquente et invisible en temps normal, de l’acte d’enseignement. Pour autant celui-ci va-t-il être à l’avenir mieux pris en compte et reconsidéré à sa juste valeur ?

Dans le même registre, comment entendre l’installation du dispositif «2S2C» dont les termes choisis, Sport, Santé, Culture et Civisme ne peuvent au premier abord que séduire et susciter l’adhésion mais dont l’installation dans l’école va immanquablement mettre en concurrence les disciplines scolaires concernées par les interventions extérieures encouragées par ce dispositif.

Comment se peut-il, qu’au sortir d’une période si difficile, le ministère de l’EN, sans aucune concertation fasse appel à des intervenants sportifs extérieurs pour assurer la reprise de l’activité sportive dans les établissements scolaires en ignorant purement et simplement les professeurs d’EPS qui en ont institutionnellement la responsabilité et la mission ?

Au départ, ce dispositif nous a été présenté comme une solution transitoire, ce qui aurait été mieux accepté. Nous reconnaissons en effet la nécessité de soutenir le mouvement sportif associatif durement touché par le confinement. Mais très vite la communication ministérielle en l’annonçant comme la réponse structurelle de l’école de demain est venue confirmer nos craintes et lever le masque sur ses intentions réelles…

Dans le contexte particulier de ce mois de juin, le SNEP-FSU Versailles accompagne et soutient les équipes EPS confrontées dans quelques communes de l’académie, à la mise en place du « 2S2C ». Au nom de l’égalité de transmission de la culture physique et sportive commune sur tout le territoire, nous continuerons aux côtés de la profession, à porter un tout autre projet physique et sportif scolaire, égalitaire et démocratique en faveur de tous nos élèves.

Si nous nous en saisissons, le moment actuel peut-être propice pour clarifier et rendre plus lisible la légitimité scolaire de notre discipline aux yeux des politiques et du grand public. À rebours d’une EPS contributive, dénaturée voire dévoyée par ses « éducations à » qu’on lui assigne aujourd’hui, la situation présente n’est-elle pas aussi l’occasion, en recréant de la culture professionnelle commune, de justifier et d’accorder au corps la place fondamentale qu’il devrait avoir dans l’école ?

Ne la laissons pas passer !

Eric
« Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve » F. Hölderlin